Mr Lajaunisse… en Italie

Nul n’est prophète en son pays. Grâce à internet, nous avons pu découvrir voici quelques mois, et avec grande surprise, que l‘ Histoire de Mr Lajaunisse, malheurs d’un beau garçon avait été réédité en… Italie, en 2004. Une amusante couverture illustre cette modeste publication de format magazine de 32 pages, sobre et soignée, éditée par l’éditeur napolitain Comicon.

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Une excellente occasion de se procurer la reproduction de cet album introuvable et qui passe pour être le premier produit par le jeune Amédée de Noé. Il est reproduit en cahier central (deux planches par page) avec traduction du texte en italien et en anglais.

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Plusieurs articles encadrent l’album : Le numerose origini del fumetto francese par Alfredo Castelli; Il « pirata » che invento gli Album, par Leonardo De Sa, Il Conte de Noé e Monsieur Cham par le journaliste belge Michel Kempeneers. Tous ces articles agréablement illustrés.

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Cham, fortement inspiré par le maître Töppfer, mais très talentueux, convenons-en!

 

Pour terminer, une courte bande dessinée, Martin Mystère, permet de replacer Mr Lajaunisse dans notre époque. Très amusant! Nous espérons trouver bientôt parmi nos amis, une personne qui pourra nous traduire cette publication afin de pouvoir la commenter.

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Saluons cette excellente initiative qui place définitivement Cham parmi les précurseurs – voire les inventeurs – de la bande dessinée. Cela n’a pas toujours été le cas, particulièrement dans son pays d’origine où notre ami a bien souvent été relégué parmi les imitateurs de Daumier, sans essayer de comprendre son style ou d’étudier sa carrière dans son ensemble. La critique est facile mais le travail est difficile… Heureusement, il semblerait que, petit à petit, de jeunes chercheurs commencent à défricher le terrain du dessin humoristique, qui ressemble à une grande forêt…

Ils seront toujours les bienvenus dans nos colonnes!

 

Publié dans : Non classé | le 29 janvier, 2008 |1 Commentaire »

Jeanne Leroy ou madame Manuel : une épouse fidèle

Par Rodolphe Trouilleux

Mélange de mauvais goût, de mépris et de crapulerie littéraire, la lettre-préface qu’Alexandre Dumas fils donna à Félix Ribeyre pour sa biographie de Cham est étonnante.
On ne peut comprendre ce qui a pu pousser le célèbre écrivain à écrire ce billet désagréable, qui, en quelque sorte, souillait la mémoire de Cham, un de ses meilleurs amis, paraît-il !

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Jeanne Leroy, comtesse de Noé, saisie en pleine lecture par le photographe Marck, 106 rue Neuve des Mathurins. Date inconnue, vers 1860 (coll. part.).

Et pourquoi s’étendre si longtemps sur la biographie de Jeanne Leroy, épouse du caricaturiste, alors que Dumas fils aurait pu – ou dû – nous donner des détails intéressants, des anecdotes sur la vie et l’œuvre de l’artiste disparu depuis peu ? Après avoir lu cette lettre, on se demande si l’on a bien compris les sous entendus de son contenu. Tout cela paraît énorme et surtout inutile à révéler.

Mais parcourons donc ensemble la prose de Dumas fils, qualifiée de « remarquable » par Ribeyre ! :

« Quelle était donc cette fille majeure de Claude Leroy et de Josèphe Mutin, dont vous nous ne dites pas autre chose, et que nous avons tous connue, vivant maritalement avec Cham, sous le nom de madame Manuel ? Qui était-elle ? D’ou venait-elle ? Très-certainement, et c’est même pour cela que vous n’insistez pas, vous le savez et croyez ne pas devoir le dire.
Cependant, du moment que vous consacriez à Cham une étude aussi détaillée, aussi affectueuse, aussi juste, vous auriez dû, il me semble, éclairer ce point, le plus intéressant peut-être de sa vie privée, donner des raisons de ce fait si incompatible, à première vue, avec les origines, l’éducation, le caractère, les délicatesses, du fils de l’ancien pair de France. Si jamais natures de femme et d’homme ont été contradictoires en apparence, c’est bien celle de mademoiselle Jeanne Leroy et du comte Amédée de Noé.
Comment ces deux êtres si différents l’un de l’autre avaient-ils pu non-seulement s’accointer, mais se plaire et se comprendre, mais vivre continuellement ensemble, mais s’unir enfin par le mariage ?
»

Félix Ribeyre est pointé du doigt par Dumas : « ce que vous n’avez pas osé écrire, moi, le grand homme, je vais le faire à votre place ! ».

« Que Jeanne Leroy ait voulu devenir la femme de Cham, c’est-à-dire comtesse de Noé, cela se comprend de reste, et moins la chose paraissait possible, moins elle a besoin d’être expliquée ; mais que Cham ai donné son nom, le nom de son père, de sa mère, de ses frères, de ses sœurs, dont l’une était dame de l’ordre royal Thérèse de Bavière ; qu’il ait donné ce nom à Jeanne Leroy, voilà ce qui demande une explication que vous ne donnez pas.
C’était l’occasion, soit de fournir un document humain, comme disent ceux qui prétendent trouver des formules nouvelles, soit de désapprouver quelque chose dans la vie de votre héros, au milieu de tant de louanges méritées, soit de présenter Jeanne Leroy, madame Manuel, la comtesse de Noé, sous un aspect qu’on ne lui avait pas connu.
»

Nous ne savons pas pourquoi l’entourage de Cham baptisa Jeanne du curieux patronyme de « madame Manuel ». Peut être était-ce pour effacer sa véritable identité, trouble et scandaleuse. Cham vivait sous le même toit d’une femme qu’il n’avait pas épousée officiellement et qu’il ne faisait absolument pas passer pour sa « gouvernante » comme le voulait l’usage. Il n’épousa pas Jeanne du vivant de son père, pas probable respect des convenances et de l’homme, ce père amateur d’art, grand collectionneur et admirateur de l’œuvre de son fils. Papa était d’une famille de bonne noblesse et Pair de France, ne l’oublions pas. Cham épousa Jeanne Leroy, fille majeure de Claude Leroy et de Joséphine Mutin, le 24 juillet 1866, à Puteaux. Les témoins étaient Pierre Véron, Charles Desmaze et Charles Lecocq. Les convives de cette noce qui fut probablement assez discrète se transportèrent ensuite au Wepler, restaurant des Batignolles qui existe toujours, Place de Clichy, dans le 18e arrondissement. Cham vivant maritalement avec Jeanne depuis de nombreuses années semble t’il, avait probablement évité d’ébruiter trop cette « régularisation » tardive. On peut le comprendre, mais cela n’était pas du goût de certains membres de la bonne société. Qu’on en juge en lisant la suite. Dumas continue en rapportant une conversation qu’il aurait eue avec la « jeune » mariée :

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Alexandre Dumas fils, par le photographe Mulnier (coll. part.)

« A propos, me disait-elle tout à coup dans la conversation, en 1867, après que j’étais resté assez longtemps sans venir chez Cham, à propos, depuis que nous ne vous avons vu, nous nous sommes mariés, Cham et moi. – Recevez tous mes compliments, madame, lui dis-je, et je vous les aurais adressés plus tôt si j’avais reçu une lettre de faire part. – On a reçu que des lettres anonymes, dit Cham, avec son rire nasillard, entre cuir et chair, pour ainsi dire, étoilé de ce regard fin qui soulignait si bien ce qu’il disait. ». Ce mot ne vous semble-t’il pas le pendant du geste après le mariage ? Cham savait donc bien qu’en épousant Jeanne Leroy il avait fait quelque chose d’énorme, qu’il n’eut certainement pas fait du vivant de son père et de sa mère, et dont il n’avait pas plus informé ses parents survivants qu’il ne m’en avait informé moi-même. Il ne se cachait pas de ce qu’il avait fait ; il ne le disait pas, voilà tout. On l’apprenait. Cela peinait tout le monde, cela n’étonnait personne. »

Le père de Cham, Louis-Pantaléon de Noé était mort le 6 février 1858. Cham avait donc attendu plus que le temps nécessaire pour se marier sans grand scandale pour la famille.

« Quand un homme de l’élégance intellectuelle et de la condition sociale d’Amédée de Noé a pu vivre pendant huit jours sous le même toit que Madame Manuel, il en a évidemment pour toute sa vie.
Si intime que l’on fut avec Cham, quelque habitude que l’on eût de cet intérieur étrange, on ne revoyait jamais sans quelque embarras cette grosse femme, d’apparence commune, ignorante, mal élevée, honteusement avare et sans aucun esprit, à côté de ce galant homme, de ce gentleman, à l’esprit si délicat, à l’âme si tendre, à la main si généreuse.
»

« Madame Manuel », un drôle de surnom qui fait penser à celui qu’on pouvait donner à une gouvernante ou tout autre domestique.

« Vous avez indiqué çà et là, à propos des dîners qui réunirent toute les semaines, pendant vingt ans, les amis de Cham autour de la table de la rue du Bac, de la rue Vintimille et de la rue Nollet, vous avez indiqué très discrètement et très-finement à quel jeûne, quelquefois suivi d’un rhume, la ladrerie de madame Manuel exposait les convives assis à une maigre table dans une chambre sans feu. La première fois que j’allai chez Cham, rue du Bac, à une soirée dansante qu’il donnait, il y a trente ans, au moment où, tout en causant avec lui, j’allongeais le bras pour prendre un verre de punch sur le plateau que me présentait la bonne, il m’arrêta et me dit : Ne prenez jamais chez moi de la première tournée de punch ? C’est toujours le reste de la dernière fois. » Puis, comme j’avais valsé avec une grosse femme qui était venue m’inviter et que je ne connaissais pas, il me dit en ma la montrant de l’œil pendant qu’elle s’éloignait de nous : « Vous venez de valser avec cette grosse dame ? – Oui. – Elle valse mal, n’est-ce pas ? – Assez mal. – Et elle souffle en valsant ? – Assez. – Et sa poitrine fait brrrrou, brrrrou. – Exactement. – C’est ma maîtresse. » Et il faut avoir connu Cham, comme vous et moi, pour se mettre dans l’oreille le ton particulier dont il disait ces choses-là. Et ce mot, vingt-cinq ans avant le geste à la mairie de Puteaux ! Il ne s’est donc pas démenti une minute dans les jugements qu’il portait sur sa compagne au moral et au physique.
C’est cependant cette femme dont il s’était moqué devant tous ses amis, et qui, pour ses amis, semblait le mériter à tous égards, c’est cependant cette femme qu’il a épousée, et vous ne dites pas pourquoi. Eh bien, il faut le dire.
»

Ensuite, Dumas, cet « ami » de Cham, n’hésite pas à changer de registre pour dresser un tableau un peu plus flatteur de son épouse. Mais certains mots employés ne font que renforcer le sentiment de dégoût méprisant que le grand homme de lettres ressent pour cette « grosse femme » qu’il ose comparer à un animal de compagnie. Cham aimait beaucoup les chiens mais je ne crois pas qu’il aurait été satisfait par cette allusion.

« Cham a épousé cette grosse femme, venant on ne sait d’où, commune, ignorante, ladre, tout bonnement parce qu’elle l’aimait d’une affection sans égal et comme il fallait l’aimer du moment que l’on vivait toujours auprès de lui, comme un enfant.
Autant elle était vulgaire, autant elle détonnait au milieu de tous les gens d’esprit qui se trouvaient avec elle, parce que c’ était le seul moyen de se trouver avec lui, autant elle était intelligente, prévenante, adroite dans l’intimité, dans le tête-à-tête, pour tout ce qui pouvait contribuer au repos, à la santé, au travail, au bonheur de cet homme qui était tout pour elle. Elle le soignait, elle le dorlotait, elle ne le sortait de la flanelle que pour le mettre dans la ouate ; elle lui facilitait la vie matérielle par tous les moyens possibles ; elle ne lui laissait pas une préoccupation, pas un souci, pas un détail qui pût le distraire une seconde de ce qu’il aimait à faire.
Jamais gros chien crotté n’a léché plus amoureusement les pieds de son maître, ne l’a regardé avec des yeux plus reconnaissants, ne s’est couché à ses pieds ou en travers de sa porte, plus protecteur, plus humble et plus fidèle.
Cette créature, qui avait été mise au monde pour être la femelle et la compagne d’un ouvrier, qui avait connu la misère poignante, et qui n’avait vu dans les premières corruptions de sa vie que le moyen d’en sortir, elle ne voulait pas que celui qui l’avait retirée de ces corruptions connût jamais cette misère qui avait pesé si diversement sur elle, et qui, si elle fait faire de vilaines choses aux femmes, en fait faire quelquefois de plus vilaines encore aux hommes.
»

« Vulgaire », « gros chien crotté », « créature », « femelle et compagne d’un ouvrier », quel feu d’artifice de termes bien choisis pour exprimer tout le mépris que Dumas semblait éprouver à l’encontre de cette femme.

« Elle économisait et plaçait sou par sou, mais pour lui, tout l’argent qu’il gagnait, et que, sans elle, il eût gaspillé à tort et à travers. Les plats que l’on mangeait chez lui étaient un peu courts, le vin était un peu vert, la salle à manger était un peu froide, mais au moins elle était sûre que Cham ne manquerait jamais de rien, et ses amis venaient tout de même, parce qu’il était de ceux que leurs amis aiment.
Elle aurait volé, elle aurait tué, elle aurait vendu sa chemise ou son pays pour éviter un chagrin, un besoin à celui qu’elle considérait comme un Christ, parce que, grâce à lui, on ne la considérait plus comme une fille.
Cham savait cela, et, dans le fond de son cœur, il aimait et il estimait cet être qu’il avait recueilli par hasard, un soir sans doute, et qui n’avait plus voulu quitter son foyer.

Pendant vingt-cinq ans, tous les jours, toutes les minutes, il avait vu cette femme s’ingénier à le rendre heureux, et après vingt-cinq ans de preuves, le gentilhomme avait jugé que cette fille du peuple avait mérité de porter régulièrement son nom, il lui avait accordé cette grande récompense, ce grand honneur, cette grande joie. Quelques-uns ont pu croire qu’il y avait dans cet acte l’affaissement d’un homme du monde entamé peu à peu par les mœurs de la bohême. Non. Pour ceux qui le connaissaient bien, Cham, en se mariant, n’avait pas fait un acte de faiblesse, mais de conscience ; l’homme n’était pas descendu d’où il était ; seulement la femme y avait monté. Et l’attache entre ces deux êtres, créés l’un pour l’autre, si loin l’un de l’autre, l’attache était si profonde, si fatale, si légitime, que lorsque l’homme a été mort, rien des choses de ce monde n’a plus eu de valeur pour la femme. Où était le calcul dont on pouvait l’accuser ? Où était la gloriole de s’appeler comtesse ? Où était la consolation par la fortune péniblement amassée ?
Tout cela, titre, renommée, fortune, elle le considérait comme à lui et pour lui, non à elle et pour elle. Alors sa pensée s’est mise à chercher de par le monde celui qui n’était plus, en tournant autour de sa tombe, en élargissant toujours le cercle, jusqu’à ce qu’elle fût prise par le vertige du vide dans lequel elle s’était élancée, au milieu de la nuit, par la première fenêtre ouverte.
On a entendu le bruit sourd d’un corps qui s’écrasait sur le pavé. C’était cette veuve qui se précipitait la tête en avant dans cette terre qui lui avait pris son ami, son époux, son enfant, son dieu.
Pour reprendre sa place à côté de lui, elle brisait de son front la pierre qui le séparait d’elle.
Quand on ouvrit son testament, on vit quel usage elle avait fait des dernières lueurs de sa raison. Tout ce que lui avait légué son compagnon bien-aimé, tout ce qu’elle avait économisé jadis sur les dîners joyeux, tout ce qui lui appartenait maintenant, elle le donnait à la famille dans laquelle elle était entrée sans que celle-ci s’ouvrît pour elle. La famille avait eu raison.
Sous cette enveloppe roturière, derrière ce passé ténébreux, elle ne pouvait imaginer ni découvrir le trésor de tendresse et de dévouement qui faisait à l’un des siens, au plus illustre, une existence si tranquille, et qui devait lui faire la mort aussi éloignée et aussi douce que possible.
L’œil perçant de l’observateur et l’âme haute et reconnaissante de l’homme de bien ne s’y étaient pas trompés. Il avait donc affronté tous les étonnements, tous les blâmes, pour s’unir définitivement à celle qu’il sentait capable d’affronter un jour la plus horrible mort pour se réunir éternellement à lui. »

On se rattrape comme on peut ! l’ensemble de cet « éloge » funèbre laisse le lecteur sur une drôle d’impression. Et pourquoi donc publier cette pseudo lettre en préface de l’ouvrage de Félix Ribeyre ! Une belle signature en tête de l’ouvrage, cela ne pouvait faire de mal à personne !

La mystérieuse Jeanne

Qui était Jeanne Leroy ? Les quelques documents retrouvés n’apportent que des bribes de réponses.
Le contrat de mariage de Cham fut signé à Paris, chez le notaire Lefebvre le 14 juillet 1866 . Les futurs époux sont présentés sous leur patronymes légaux :
« M. Amédée Charles Henry vicomte de Noé, propriétaire demeurant à Paris, rue Vintimille, n°24 » (et) « mademoiselle Jeanne Leroy, propriétaire demeurant à Paris, rue Vintimille, n°24, majeure, fille de M. Claude Leroy et madame Josephe Mutin ; son épouse, tous deux décédés. »

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Signatures de Cham et de Jeanne Leroy au bas de leur contrat de mariage

L’adresse de Cham et celle de sa future épouse sont les mêmes, constat d’une résidence commune alors que, curieusement, dix jours plus tard, lors de la cérémonie à Puteaux, les actes officiels indiquent comme domicile de Jeanne, « rue des écoles » dans cette même ville. Le contrat de mariage, simple constatation de l’adoption d’une communauté de biens, n’apporte aucun autre éclairage. Pas de témoins non plus. Seuls les deux notaires ont apposé leurs signatures au-dessous de celles des deux contractants.

Mais si l’on prête un peu d’attention au répertoire de l’étude Lefebvre, il faut attendre le 9 septembre 1879 , trois jours après le décès de Cham, pour trouver un nouvel acte : le dépôt de ses testaments et codicilles. Ces documents sont toujours conservés aux Archives nationales. Sur l’enveloppe du premier nous pouvons lire de la belle écriture ferme du caricaturiste : « Ceci et mon testament / Amédée de Noé ». Au dos, il a apposé trois cachets de cire à ses armoiries.

 

Le 12 avril 1860, soit six années avant son mariage, Cham léguait presque tout à la femme qui partageait sa vie :

« Aujourd’hui 12 avril mille huit cent soixante et un je déclare ceci mon testament et annule tous ceux que j’ai faits jusqu’à ce jour.
Je laisse tout ce que je possède, meubles, argent et actions à mademoiselle Jeanne Leroy, à l’exception de la pension d’Angleterre et des revenus de St Domingue que je laisse à ma sœur la comtesse Marianne de Noé.
Je laisse également à Mademoiselle Jeanne Leroy tous les tableaux et dessins que je possède.
Dans le cas de la mort de ma sœur la comtesse Marianne de Noé, les revenus de St Domingue et D’Angleterre retournent à mademoiselle Jeanne Leroy.

 

Le Baron Amédée de Noé

 

Les revenus de St Domingue et d’Angleterre ne seront à mademoiselle Jeanne Leroy que sa vie durant après quoi ils retourneront à ma famille.

Le Baron Amédée de Noé

Ainsi Cham faisait de Jeanne l’héritière de tous ses biens matériels mais agissait avec précaution pour ses revenus de Saint-Domingue, terre d’origine de son père, et ceux d’Angleterre, qui venaient probablement de sa mère.

 

Le 6 février 1879, il fit un autre testament :

« Ceci est mon testament
Je nomme ma femme la Comtesse Amédée de Noé née Jeanne Leroy, ma légataire universelle et lui laisse tout ce que je possèderai le jour de ma mort comme argent meubles et immeubles.

 

Paris le 6 février mille huit cent soixante dix neuf
Le Comte Amédée de Noé
»

Déprimée par le décès de son époux, Jeanne Leroy refusa de s’alimenter. Désespérée, elle se jeta par une fenêtre du logement de la rue Nollet puis, ramassée par un passant, elle fut examinée par le docteur Niderkorn, le médecin de famille. Ce dernier appela à son aide le fameux Legrand de Saulle, puis la comtesse de Noé, fortement commotionnée, fut transportée à la clinique Esquirol d’Ivry. Soignée par le docteur Luys, elle mourut le premier juin 1880 . Deux jours plus tard elle fut inhumée au cimetière Montparnasse, près de son mari.

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Extrait d’un testament de Jeanne Leroy comtesse de Noé

Après le décès de Jeanne, plusieurs testaments autographes furent trouvés rue Nollet et déposés ensuite au notaire. Ils datent respectivement des 22 septembre, 6 et 28 octobre 1879. D’une écriture un peu hésitante, la défunte y distribue ses biens. Helena de Noé, nièce de Cham, y était déclarée légataire universelle, venait ensuite Marianne de Noé, soeur du dessinateur qui devait hériter du mobilier et des bijoux. Quelques milliers de francs étaient destinés à des personnes dont les noms n’évoquent plus rien pour nous. Répétée inlassablement dans les trois versions de ce testament, figure une clause bien significative du respect de Jeanne Leroy pour la mémoire de son époux, ami passionné des animaux. Je cite ce texte avec toutes ses fautes, rétablissant seulement la ponctuation : « Je charge la famille de mon mari d’exécuter les lègues suivant pour me conformer à une recommandation de mon mari si son chien Joko survivait. Il sera fait une rente de douze cents francs à la personne qui le gardera afin qu’elle puis s’en occuper exclusivement on ne lui laissera jamais faire d’operation qui le ferait souffrir dans l’intention de prolonger sa vie. A sa mort la personne qui l’aura gardé aura six cent francs de rente sa vie durante si la concierge madame Quinglet vivait je désir que ce soit elle qui en ait la garde et les six cent francs seront pour elle et son mari leur vie durant ». Jeanne, dans ces trois versions, changea quelques legs, attribuant une somme à l’un pour la donner ensuite à l’autre. On comprend combien cette pauvre femme était perturbée. Des parents éloignés choisirent ce prétexte pour attaquer la succession, insinuant que la veuve, qui devait ensuite se jeter dans le vide, n’avait pas l’esprit bien clair au moment de la rédaction des testaments qui favorisaient les Noé. Les membres de la famille d’origine de Jeanne, modestes par leurs statuts, espéraient toucher quelque somme rondelette. Ils prétendaient que ces testaments n’étaient pas « l’œuvre indépendante et saine » de Jeanne Leroy. Héléna de Noé fut citée à comparaître. Elle apporta les précisions suivantes dans le but de prouver le bon état mental de la défunte : « Que (…) plus de six mois après (le décès de Cham) et par acte passé devant maîtres Lamontagne et Lefebvre, notaires, ladite dame avait vendu à un sieurs Payen une propriété lui appartenant sans qu’il fut entré dans l’esprit de l’acquéreur aucun doute sur la validité du contrat. Que cinq jours avant son décès madame la comtesse de Noé succombant sous le poids de sa douleur avait donné quelques signes de troubles qui avaient nécessité par mesure de précaution, son transfert dans la maison du docteur Suy à Ivry. Il n’atait pas sérieux de prétendre que cette disposition toute accidentelle fut de nature à faire annuler un acte librement fait par madame de Noé au mois d’octobre précédent, c’est à dire près de huit mois antérieurement. » Les demandeurs furent condamnés aux dépens. Les testaments purent être appliqués librement et les héritiers envoyés en possession le 7 juillet 1880. Nous relevons parmi la liste des héritiers : « Marc-Antoine Reynald Marie, vicomte de Noé, ancien officier de cavalerie, chevalier de la Légion d’Honneur, demeurant à Paris, rue du Bac n°97 agissant (pour lui et pour) son frère Marie Georges François Comte de Noé demeurant au château de l’Isle de Noé ». Nous trouvons aussi la toute dernière mention des époux Klinger, concierges du n°5 rue Nollet. Ils avaient donc recueilli le petit chien Jocko. C’est tout ce que nous avons pu apprendre sur Jeanne Leroy, cette « madame Manuel » aimante et dévouée qui, jusqu’au bout, respecta les dernières volontés de son époux.

Après le règlement de la succession, le notaire Lefebvre reçut de Jeanne Leroy, en remerciement, un tableau représentant les prisons de Londres. Gustave Doré en était l’auteur. Un très joli cadeau…

La belle dame de la rue Taranne

Un autre témoignage, plus charmant, concerne les amours d’Amédée et de Jeanne. Il figure dans l’ouvrage « mes souvenirs » publié par le musicien Jules Massenet chez Pierre Lafitte, à Paris, en 1912.

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Jules Massenet, né en 1842

Cet ouvrage serait l’œuvre d’un « teinturier », comme on disait alors. Ils furent néanmoins certainement écrits d’après des sources directes. Ce détail, si insignifiant dans la carrière du compositeur, doit être bien réel :

A l’ époque où j’allais m’asseoir sur les bancs du Conservatoire, j’étais d’une complexion plutôt délicate et de taille assez petite. Ce fut même le prétexte au portrait- charge que fit de moi le célèbre caricaturiste Cham. Grand ami de ma famille, Cham venait souvent passer la soirée chez mes parents. C’était autant de conversations que le brillant dessinateur animait de sa verve aussi spirituelle qu’étincelante et qui avaient lieu autour de la table familiale éclairée à la lueur douce d’une lampe à l’huile. (En ce temps- là, le pétrole était à peine connu et, comme éclairage, l’électricité n’était pas encore utilisée.) Le sirop d’orgeat était de la partie; il était de tradition avant que la tasse de thé ne fût devenue à la mode. On m’avait demandé de me mettre au piano. Cham eut donc tout le loisir nécessaire pour croquer ma silhouette, ce qu’il fit en me représentant debout sur cinq ou six partitions, les mains en l’air pouvant à peine atteindre le clavier. Evidemment, c’était l’exagération de la vérité, mais d’une vérité cependant bien prise sur le fait. J’accompagnais parfois Cham chez une aimable et belle amie qu’il connaissait, rue Taranne. J’étais naturellement appelé à « toucher du piano ». J’ai même souvenance qu’un soir que j’étais invité à me faire entendre, je venais de recevoir les troisièmes accessits de piano et de solfège, ce dont deux lourdes médailles de bronze, portant en exergue les mots : «Conservatoire impérial de musique et de déclamation», témoignaient. On m’en écoutait davantage, c;est wai, mais je n;en étais pas moins ému pour cela, au contraire. Au cours de mon existence, j’appris, pas mal d’années plus tard, que Cham avait épousé la belle dame de la rue Taranne, et que cela s’était accompli dans la plus complète intimité. Comme cette union le gênait un peu, Cham n’en avait adressé aucune lettre de faire-part à Ses amis, ce qui lei avait étonnés; sur l’ observation qu’i1s lui en adressèrent, il eut ce joli mot; « Mais si, j’ai envoyé des lettres de faire-part … elles étaient même anonymes! »

Nous aimerions en savoir plus sur les liens amicaux qui existaient entre Cham et la famille Massenet. Contactez-nous si vous pouvez nous donner des précisions.

Quelques mots…

Le 8 septembre 1879, Jeanne Leroy offrait les derniers dessins de Cham à Gustave Nadaud, cet ami intime auteur de nombreuses chansons qui furent parfois illustrées par le caricaturiste. Ces oeuvres furent publiés dans le Monde illustré du 13 septembre accompagnées d’un petit mot de la veuve, exemplaire rare de l’écriture de Jeanne que nous publions ci-dessous.

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« A mon cher Nadaud l’un des plus anciens et des meilleurs amis de mon mari j’offre ce dernier ouvrage. Paris 8 septembre 1879. C(om)tesse de Noé » (coll. part.)

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La dernière planche… (coll. part.)

Publié dans : Non classé | le 29 janvier, 2008 |1 Commentaire »

Une étonnante découverte

L’Album extraordinaire, Honoré Daumier et ses « amis »… « Au fond d’un carton, un volume plus grand que les autres. relié. (…) il a pour seul titre doré au dos « ALBUM » en lettres grasses. La reliure en demi-chagrin rouge, avec faux-nerfs plats réhaussés de dorures, filets, palettes dorées en tête et en queue, fait inévitablement penser à une reliure des années 1840 et garde encore fière allure. La reliure frottée se tient encore bien. Les plats sont en papier moiré rouge.

L’ouvrage s’ouvre sur une belle lithographie signée Bouchot, puis une autre signée Ch. Vernier, puis encore une autre signée cette fois des initiales H.D. (Honoré Daumier)., puis Gavarni, puis Edouard de Beaumont, Lorentz, Grandville, Cham. Le tout étant dès le premier coup d’oeil fort charmant. […] Plusieurs dizaines de lithographies, en noir, mais aussi en couleurs. Intéressant. Il s’agit en fait d’un recueil de lithographies originales la plupart annotées à la plume et légendées à la main sur étiquettes volantes collées au bas des épreuves. On y retrouve de nombreux artistes qui ont à la fois collaboré au Charivari et à La Caricature. […]

Cet album contient en outre plusieurs « bon à tirer » signés des artistes (Gavarni, Lorentz, .). On y trouve également des épreuves dont il est précisé qu’elles doivent « passer la censure ». Les états avant la légende, avant le titre ou même avant toutes lettres tirées sur blanc, sont nombreux. Certaines lithographies, bien qu’elles aient été reliées au format déplié in-folio, ont été visiblement envoyées par la Poste pliées en 8. Après quelques recherches au verso des lithographies, j’ai pu retrouver le destinataire d’une lithographie, clairement identifié : Monsieur Boiste 40 rue Laffitte, puis un autre : Monsieur Goulet au Charivari. »

C’est ainsi que le « découvreur » de cet étonnant volume, raconte cette fameuse découverte sur le blog du bibliophile : http://bibliophilie.blogspot.com/.

Il nous a contacté et communiqué spontanément les images de ce volume concernant Cham. Elles sont passionnantes.

Voici la première : (cliquez sur les images pour les agrandir).

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Elle porte les inscriptions suivantes :

Titre (de la main de Cham) : « Pekinades » et à côté, à l’encre (d’une autre main) : « L’ambassade chinoise ».

En haut à gauche : « N°2″. Dans la marge gauche : « Pour le Charivari si la censure le laisse passer ».

La légende du dessous, au crayon mine, est de la main de Cham : « (Présentation à l’Empereur suivant l’étiquette chinoise) : Très haut et très puissant Cha-Hu-Kan-Kan – je te présente l’envoyé français – Sa position vis à vis de ta majesté est bonne….. (l’envoyé) – Bonne, bonne, pas trop – j’ai des crampes atroces dans les articulations - »

Une autre version de la légende, cette fois-ci à l’encre, est d’une autre main :  » Un homme bien posé à la cour » Bonjour envoyé, bonjour!… as-tu des demandes à nous adresser, des plaintes à nous faire? articules, articules les, articules-les…. – (l’envoyé, à part) Le diable t’emporte! j’ai des crampes dans les articulations…. »

La seconde lithographie se présente ainsi :

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Elle a pour titre en haut à droite : « Maroquinades 2″

 

Et au bas, une légende, à l’encre, qui ne semble pas être de la main de Cham : « Et toi, Dumanet, qué que t’as tué?.. – Moi, j’ai tué le valet de chambre d’Abd-el-Kader, à preuve que j’ai pr j’y ai pris son plumeau, et le v’la… »

 

Ces planches, si elles furent acceptées par la censure – d’après notre catalogue – parurent en 1844. Une recherche complémentaire reste à faire pour essayer d’identifier l’auteur de ces annnotations qui semblent être de la même main pour tous les dessinateurs. Il s’agissait forcément un membre de l’équipe du Charivari. Comment ces lithographies furent-elles jugées par la censure?

Cet album fait songer à celui d’Edouard Bouvenne présenté lors de la récente exposition Daumier à la Bibliothèque Nationale de France. Il provient forcément des archives du journal Le Charivari ou d’un fonds de collaborateur. C’est un document de la plus insigne rareté. Son propriétaire actuel pense en jouir sa « vie durant » et en faire profiter ensuite un musée ou une bibliothèque.

Longue vie à ce collectionneur! Et qu’il accepte nos remerciements les plus empressés pour avoir bien voulu nous communiquer des reproductions de ces précieuses reliques. Nous ne manquerons pas de vous faire part dans ces colonnes de nos futures découvertes au sujet de ce fabuleux album. L’enquête ne fait que commencer!

Note complémentaire : dans notre inventaire manuscrit des lithographies de Cham (inédit), nous avons trouvé l’état de publication de ces deux planches. La première, « Maroquinades », fut publiée dans le Charivari du 14 septembre 1844 sous le n°2 dans le cadre et n°258 dans le dessin avec la légende identique à celle portée à l’encre sur l’exemplaire du recueil.

La seconde, « L’ambassade Chinoise » fut publiée dans le Charivari du 1er novembre 1844 sous le n°2 dans le cadre et n°305 dans le dessin avec la légende identique aussi à celle portée à l’encre sur l’exemplaire du recueil.

Il semble donc que les légendes manuscrites de Cham n’ont pas été retenues. Les autres furent-elles inspirées par lui?

La série des « Maroquinades » ne comprend que cinq planches parues entre le 14 septembre et le 7 octobre 1844 suivie des deux planches de « l’ambassade chinoise » des 30 octobre et 1er novembre 1844. Ces séries ne furent donc pas continuées peut-être pour raison de censure? Ces planches furent donc parmi les premières publiées par le jeune Amédée de Noé au Charivari. Elles n’en sont que plus précieuses.

 

Publié dans : Non classé | le 29 janvier, 2008 |1 Commentaire »

Un recueil de dessins de Cham adjugé le 14 mai 2008

Le mardi 14 mai dernier, a été adjugé à Drouot sous le marteau de maître Brissonneau, un exceptionnel album, recueil de 334 dessins originaux et au lavis de différents formats. Ce recueil comporte aussi une aquarelle. La reliure, marquée « A.D. » est de couleur grenat. Les dessins furent légendés par Cham ou sa femme.

Les thèmes abordés sont : les bains de mer à Dieppe. – Cheminots. Signaux de Chemin de Fer. – Le Vin. – Le Temps. – Pension et pensionnaires. – Cirque olympique et Opéra national. – hôtel des Haricots. – Garde nationale. – Portraits d’artistes : E.-A. Lepeintre, Lola Montès, Melle Georges, Vestris, Franconi, Debureau, Alexandre Dumas et son théâtre… – Impôt sur les chiens. – Les étrennes. – L’Empereur Napoléon III au camp de Compiègne. – Les Parapluies. – Proudhon. Les Phalanstériens. Cabet et l’Icarie. – Les Médicaments. – Mr Potard et ses expériences en ballon. – L’Or en Californie. – Les Domestiques. – Les Banquets socialistes et démocratiques. Etc, etc.

Une lettre autographe de Cham est jointe. Il y donne des nouvelles de sa santé.

Figurent à la la suite : 25 gravures diverses par Bertall (Chapeaux), H. Val Andrieux, K. Girardet, Cruishank… Johannot (Alfred). Deux dessins originaux à la plume, signé des initiales, pour illustrer les œuvres de Walter Scott « Le Monastère » et « L’Antiquaire ». Letuaire (Pierre). 1798-1884 : Joutes navales à Sète. Lavis original, signé. J.E.V. : Scènes de Barricades et d’Insurrection. deux lavis originaux, monogrammés Michel (S.). Vues de Dijon. 2 dessins originaux au crayon, dont un signé : Notre-Dame et l’église St-Etienne. Calame (A.). 6 gravures vues des environs de Genève [1838-1845]. Viardot (Pauline). 1821-1910. Dessin original au crayon, signé. Portrait de Adolphe Joanne (1813-1881). Fondateur en 1843 de l’Illustration et créateur des  » Guides Johanne « . Portraits-charges de Gerusez (Crafty ?), Goumy et Joanne. Caricature originale au crayon. Costumes militaires français et russes. Lavis ou au crayon originaux.

Les dessins de Cham doivent être en majorité des tracés à la plume et au crayon, esquisses qu’il reportait ensuite, en les peaufinant, sur les pavés en bois de bout. les thèmes répertoriés ici sont bien reconnaissables.

Doit-on voir dans les initiales « A.D. » marquant ce volume, Alexandre Dumas fils? C’est possible et même probable. 14 dessins concernent d’ailleurs Dumas père et son théâtre. L’auteur de la « Dame aux Camélias » était un ami de Cham, il se présentait du moins ainsi. Nous verrons dans un article à paraître, que l’homme de lettre avait un sens de l’amitié très particulier et que sa plume, toute amicale qu’elle fut, pouvait aussi déraper…

 

Ce très beau volume a été adjugé 4700 euros, cadrant ainsi dans une estimation de 4000-5000 euros.

 

Nous n’avons pu, malheureusement, ni voir, ni acquérir ce document. Nous espérons pourvoir contacter l’acheteur, pour l’examiner de plus près et recueillir ainsi quelques éléments d’information sur la vie et l’oeuvre de notre artiste préféré.

Si le nouveau propriétaire du volume lit les lignes qui précèdent, qu’il n’hésite pas à nous contacter. Les faibles lumières des administrateurs de ce blog pourront peut-être lui être utiles?

Publié dans : Non classé | le 29 janvier, 2008 |Pas de Commentaires »

Une nouvelle exposition Daumier à la Bibliothèque Nationale de France?

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Une formidable exposition Daumier se tint aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris du 5 octobre 1999 au 2 janvier 2000. les administrateurs de ce blog s’en souviennent encore : elle était tout simplement fabuleuse mais nettement surdimensionnée. Ils en ressortirent ravis mais fourbus. Le catalogue publié à cette occasion faisait bien le tour de la vie et de l’œuvre du grand artiste. « Enfin ! » dirent certains, qui attendaient avec impatience et depuis longtemps qu’une telle manifestation lui soit consacrée. Des tableaux, dessins, lithographies, pierres lithographiques, sculptures, tout y était ou presque. Les commissaires de cette fameuse expo avaient bien fait leur travail.

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LE MARAUDEUR. Mr. Minet entrepreneur général des gibelottes de Paris (Diners à 32 sous)

« …moumout…mou…mout…viens mon lapin!… »

 

Mais, au fait, était-il donc utile d’y revenir ? C’est avec un plaisir mêlé de surprise que nous avons appris qu’une nouvelle exposition devait se tenir cette année 2008 à la Bibliothèque Nationale de France. Que dire ? Que présenter de nouveau ? Comme l’un de nous est un grincheux professionnel mais qu’il n’aime pas qu’on le qualifie de malhonnête, ou de snob, il a donc décidé de visiter cette nouvelle exposition. Il s’y est rendu avec le plus grand plaisir.

 

C’est donc dans les bâtiments de la rue de Richelieu que se tient cette manifestation, abritée dans une immense galerie toute en longueur, vestige du palais de Mazarin. C’est un bel hommage au talent d’Honoré Daumier, né, rappelons-le, à Marseille en 1798. Les connaisseurs sont ravis de revoir les lithographies du maître – 160 sont exposées, sur 4000 – et les autres, les amateurs, au sens noble du terme, découvrent avec plaisir et amusement toute la fameuse palette de Daumier, qui parvenait à dessiner tout en nuances avec un simple crayon noir de lithographe.

 

La couleur de fond de l’expo n’est pas très gaie, mais elle met bien en valeur les oeuvres. Une vidéo biographique, inaudible, est présentée sur un écran placé en hauteur ! Pas de chaise pour s’asseoir… Sinon, c’est une honnête exposition dont les cartels sont parfois bien explicites, et parfois pas du tout. Pourquoi ?

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« Manière dont on fait à Paris le saucisson de Lyon »

Brrr… Cette lithographie de la série des « marchands de Paris » parue en 1855, illustre une vilaine rumeur sur le sort subit par certains Chiens et chats de la capitale. Le censeur de l’époque fit à son sujet cette étonnante demande : « dois-je autoriser? C’est un bien vilain tableau à mettre sous les yeux du public et fait pour dégoûter à toujours de la charcuterie ».

Notons au passage quelques jolies pièces destinées aux amateurs : les trois pierres lithographiques originales de Daumier conservées à la B.N.F., des épreuves avec légendes manuscrites fort intéressantes, de très beaux tirages et – mais c’est un avis tout personnel – la fameuse litho du « massacre de la rue Transnonain », merveille de composition et de finesse psychologique. Malgré tout, et sans faire la fine bouche, nous aimerions quand même qu’un jour, nos conservateurs prennent un peu de leur précieux temps pour nous produire quelques expositions sur des dessinateurs moins connus mais talentueux, eux aussi. Honoré Daumier est un fameux chêne qui cache toute une forêt d’artistes qui ne demandent qu’à être redécouverts. Oui, bien sûr, Cham en fait partie… Et ne nous taxez pas de mauvaise foi, s’il vous plait !

 

Du 4 mars 2008 au 8 juin 2008
Bibliothèque Nationale de France, site Richelieu / Galerie Mazarine

Du Mardi au samedi de 10 h à 19 h
Dimanche de 12 h à 19 h, sauf lundi et jours fériés

tarif plein : 7.00 euros
tarif réduit : 5.00 euros

Voir aussi l’ exposition Les héritiers de Daumier du 4 mars au 4 mai 2008


Publié dans : Non classé | le 28 janvier, 2008 |1 Commentaire »

No comment!

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Gustave Courbet

 

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Edouard Manet

 

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Publié dans : Non classé | le 25 janvier, 2008 |Pas de Commentaires »

Spécial copinage : Caricatures et caricature

On trouvera sur le blog Caricatures et caricature, toute l’actualité et l’histoire de l’art qui nous est cher. L’animateur de ce site, grand amateur d’images satiriques, fait un gros travail de mise à jour (contrairement à nous, dirons certains !). De nouvelles parutions, des articles, des annonces et commentaires d’ expositions sur un savoureux site à déguster sans modération, que demander de plus ! Vous trouverez, dans la rubrique Analyses sur la caricature, une mine de renseignements, dont un superbe article sur Alfred Le Petit, trop oublié aujourd’hui.

Notons de plus, que le vénéré directeur de Caricatures et caricature, Guillaume Doizy, est un excellent compagnon de table !

Pour le rejoindre : http//caricaturesetcaricature.com/

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Publié dans : Non classé | le 24 janvier, 2008 |Pas de Commentaires »

Quand Cham réclamait du travail

Cette amusante lettre fut publiée dans l’hebdomadaire L’autographe n°40 du samedi 1er juin 1872. Sa date de rédaction n’est malheureusement pas mentionnée. Cham s’adresse ici à un directeur de journal, quémandant du travail d’une manière polie. Henri de Villemessant étant le directeur de L’autographe, il est bien possible qu’il en fut le destinataire.

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« Mon cher monsieur

Je viens de nouveau vous demander si vous ne pourriez pas utiliser mon petit talent, vu que mes fonds ont roulé d’une manière terrible avec les gaillards ci-dessus. J’ai peut-être moi-même un peu aidé à l’évacuation en me donnant quelques bosses. Malheureusement à cette époque ci de l’année on dépense pas mal d’argent. Je vous serais donc bien obligé, s’il y avait moyen d’exécuter quelque choses. Votre tout dévoué et empressé serviteur Cham.« 

 

Les dessins dont Cham a agrémenté sa lettre sont bien de sa main. Tout d’abord figurent le bottier, le tailleur et le chapelier venant présenter leurs factures au caricaturiste, puis, juste en dessous, la voiture « à la Daumont » symbolise le luxe effréné dont Amédée prétendait profiter honteusement alors qu’il vivait, nous le savons bien, fort simplement.

Le couple placé près de la dernière ligne est bien celui formé par Amédée de Noé et son épouse Jeanne Leroy. Nous apprécierons au passage les silhouettes bien opposées des deux époux! Cham ne manquait jamais une occasion de mettre en avant sa maigreur effrayante…

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Cham « exécuta » peut-être quelque chose pour son enigmatique employeur. Si ce mot n’est pas entièrement humoristique il est l’intéressant témoignage d’une économie domestique en forme de serpent de mer. la bestiole avait plongé et il s’agissait de la faire ressortir!

Publié dans : Non classé | le 23 janvier, 2008 |Pas de Commentaires »

L’osanore de Georges Fattet : le dentier qu’il vous faut!

Un lien vers un site intéressant où sont évoquées la carrière et les inventions du dentiste Georges Fattet né le 14 février 1820. Il est auteur de l’indispensable opuscule « Traité de prothèses dentaires à l’usage des artistes, des savants et des gens du monde« . Figure aussi dans sa bibliographie « Aperçu sur les dangers des dents à pivot, a ressort et à crochets ; Sur l’heureuse et favorable influence des dents sans crochet ou ratelier à succion sur la santé générale « .

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L’oeuvre douloureuse et utile d’un homme qui indiquait dans son curriculum vitae, être : inventeur des dents osanores, professeur de prothèse dentaire et auteur d’un nouveau procédé pour dissimuler les dents cariées et difformes!

L’ »osanore » (os + or) étaient en fait un dentier en ivoire d’hippopotame. Fattet fut adepte d’une publicité tapageuse et originale. Il descendit les Champs Elysées sur un char décoré d’un dentier géant!

Les caricatures de Cham concernant Fattet durent publiées dans Le Charivari entre 1845 et 1850, dans les séries : Vie du célébrissime et dentissime Georges FATTET et les Célébrités charivariques.

Ce site évoque aussi l’histoire de l’art dentaire à travers le temps. Ouf! Heureusement, nous vivons au XXIe siècle. Vive la roulette supersonique!

(http://www.bium.univ-paris5.fr/sfhad/cab/texte02.htm)

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« Voyez mon domestique, Messieurs,… avec mes Rateliers Osanores il brise du fer !… »

Publié dans : Non classé | le 22 janvier, 2008 |Pas de Commentaires »

CHAM inédit

Voici enfin une première contribution. Elle émane de deux amateurs passionnés de l’œuvre de Cham. Ils ont bien voulu sortir d’un tiroir cet article qui y dormait depuis une bonne vingtaine d’années. Il avait été rédigé pour une éminente revue qui le refusa, sous le prétexte qu’il n’ « apportait rien de plus au Ribeyre » !

 

Par respect pour sa famille, nous ne citerons pas le nom du conservateur qui osa rédiger la lettre de refus, aménagée ainsi (nous résumons volontairement) : votre papier, que nous avons lu avec beaucoup de plaisir, ne vaut pas tripette, mais il contient, par contre, des documents inédits très intéressants que nous pourrions publier dans nos pièces annexes.
Nos deux amis, blessés par tant de cuistrerie, et n’étant pas du genre à passer par la porte de service, ont gardé par devers eux cet article amusant. Ils l’offrent à notre blog aujourd’hui. Qu’ils en soient remerciés.

 

Nota bene : pour ménager nos effets, nous avons volontairement distrait de cette publication quelques annexes, lettres idédites de Cham aussi intéressantes que savoureuses. Comme nous comptons publier plus tard la correspondance du grand homme, les gourmands attenderont un peu.

Cham, portrait à l'eau-forte par Lerat

Cham, Portrait par Adolphe Yvon, gravé à l’eau-forte par Le Rat

 

 

CHAM, CARICATURISTE ET HUMORISTE : UNE ŒUVRE MECONNUE

Par Alain Lemoine et Rodolphe Trouilleux

Quand le journal le Charivari s’installa dans ses nouveaux locaux sis hôtel Colbert, rue du Croissant, il publia une caricature de Darjou figurant la charrette du journal remplie de ses journalistes, dessinateurs et administrateurs. A la place du cocher, armé d’un fouet très symbolique, le directeur Pierre Véron, dirige l’équipage de tête, composé de trois personnes, dont une fort maigre aux moustaches en crocs : le caricaturiste Cham, accompagné de son inévitable petit chien. A ses côtés, Daumier…

 

Cham aujourd’hui, est presque un inconnu, traité d’artiste « mineur » par quelques amateurs soit disant éclairés et qualifié aussi de « caricaturiste démodé » (1) par d’autres. Son œuvre, à ce jour, n’a fait l’objet que d’une exposition, à Los Angeles (2). Il semble dédaigné par son propre pays.

 

Il fut pourtant très célèbre en son temps et suivi par un public fidèle qui le préférait à bien des crayons contemporains, pour ses légendes spirituelles et sa mine très personnelle. Sa longue silhouette était bien connue du grand public comme une célébrité familière, une « vedette » du Tout Paris et de la rue.

 

Nous voudrions, dans ce court article, apporter un éclairage nouveau sur l’abondante production de cet artiste, précurseur de nos « humoristes » contemporains, dont Beraldi disait : « (il) n’est ni peintre comme Daumier, ni un philosophe comme Gavarni : c’est un homme d’esprit qui dit son mot sur toutes choses, un journaliste qui fait ce qu’on appelle aujourd’hui des nouvelles à la main. Seulement il accompagne ses nouvelles, pour plus de mouvement, d’une indication dessinée qui en accentue la force comique. (…) Pour le juger, dans l’avenir, on devra compter que les plaisanteries sur les actualités veulent être absorbées chaudes : dès le lendemain leur ragoût s’évapore et leur sel nous échappe. Ceux qui désormais auront sous les yeux les charges de Cham devront toujours se rappeler l’immense succès du caricaturiste. » (3).

 

Au physique, prétendait le caricaturiste Touchatout (4), « Cham est un long maigre personnage qui n’en finit pas (…) depuis qu’il est devenu riche, il s’est fait construire une maison assez haute de plafond pour s’y tenir debout ; mais quand il était jeune, il était obligé de louer des chambres mansardées, parce qu’alors, il pouvait en passant le haut du corps par la tabatière, se tenir assis chez lui, et travailler en posant le papier sur le toit. »

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Cham au porte-crayon, par André Gill

(extrait du Trombinoscope de Touchatout)

 

Ce grand maigre qu’on surnommait le « porte-crayon qui marche », de son vrai nom Amédée de Noé, naquit à Paris le 26 janvier 1818. La légende familiale prétend qu’il commença à dessiner très tôt, crayonnant sur les murs du château familial, à l’Isle-de-Noé, dans le Gers et qu’il usait sa plume à croquer son entourage, valets, bonnes, se représentant bien souvent lui-même, long adolescent de seize ans, cassé en deux par une croissance trop rapide (5). Il avait la vocation du dessinateur et ses parents firent mine de l’ignorer. Son père, Louis-Pantaléon de Noé, monarchiste convaincu, Pair de France, grand amateur d’art (6), au lieu d’encourager son fils dans cette voie trop hasardeuse, préféra le faire entrer dans une pension de la rue Férou. Aux dires de son unique biographe, Félix Ribeyre, ce fut une piètre expérience, le jeune Amédée préférant couvrir ses cahiers de caricatures de ses professeurs plutôt que de savantes formules…

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Cham dans sa croissance

(extrait de l’Album Cham, 1879)

 

En désespoir de cause, son père le fit admettre comme expéditionnaire au Secrétariat général du Ministère des finances, service dirigé par un député de ses amis. Mais la profession de gratte-papier ne convenait pas au jeune homme, qui continuait à croquer fébrilement les silhouettes des visiteurs du Secrétariat et ses collègues de bureau. Il fallut une fugue du jeune Amédée pour que le comte de Noé se décidât à céder aux instances de son fils. Il l’emmena rue de Vaugirard, dans un chalet suisse où le peintre Charlet donnait des cours à une petite troupe restreinte. Le « maigre jeune homme blond, à petites moustaches » qu’était Cham à cette époque n’oubliera jamais l’école de Charlet et gardera toujours une place pour les croquis de militaires très précis, à la pose maniérée.

 

Il apprit aussi chez Charlet l’art délicat de la lithographie, si essentiel pour le bon déroulement de sa carrière. Comme le souligna le peintre Gérôme après la mort de Cham, l’influence de Charlet fut manifeste « surtout dans son système d’indication par larges plans nettement déterminés, des ombres et des lumières : cette manière de procéder donnait à ses dessins une certaine vigueur et compensait ce qu’ils pouvaient avoir d’un peu lâché par ailleurs. » (7). Cette influence est très nette dans deux anciens albums de Cham intitulés A la guerre comme à la guerre et Souvenirs de garnisons, merveilleux recueils de planches préalablement parues dans Le Charivari.

 

Quittant Charlet, Amédée entra, toujours sur recommandation paternelle, dans l’atelier de Paul Delaroche où, entre deux escapades d’étudiants dissipés, il apprit le dessin classique. Pendant ce temps, il continuait de caricaturer son entourage, ne s’épargnant pas lui-même, se représentant toujours d’une maigreur invraisemblable, ainsi, la tête enveloppée dans un foulard, souffrant d’une rage de dents qui lui fait sortir les yeux de la tête et lui hérisse les cheveux (8). Sa voie était toute tracée : préférant à la sobre école de Delaroche une manière de dessiner plus fantaisiste, le jeune artiste ne tarda pas à faire connaître son choix à sa famille : il voulait réussir dans l’art de la caricature.

 

C’est le célèbre Charles Philipon, directeur du Charivari, qui édita le 3 août 1839, le premier album de Cham, Monsieur Lajaunisse, malheurs d’un beau garçon, suite comique à la manière de Toppfer où le nouveau caricaturiste se mettait lui-même en scène, la tête, les mains et les pieds colorés en jaune, d’où ce titre. Deux mois plus tard, sortait de la plume de Cham Monsieur Lamélasse, épicier et capitaine de la garde nationale à cheval. Ces deux derniers recueils furent placés dans une collection de la maison Aubert, les « Jabots » qui, d’après son catalogue « figuraient sur toutes les tables des salons parisiens »(9). On y trouvait aussi trois contrefaçons des albums de Toppfer, Monsieur Crépin ; Monsieur Vieux-Bois et Monsieur Jabot.

 

L’artiste Genevois prétendit de cette publication n’avait pas la valeur des originaux : « On peut dire en toute justice qu’elle est magnifique et pas chère mais on en peut dire que cela. Beau papier, belle couverture, et les légendes écrites en ronde excessivement soignée. Quant aux dessins, ils sont tristement fidèles et scrupuleusement alourdis, on les dirait l’ouvrage du calligraphe distingué qui a écrit la ronde » (10). Cham fut peut être le contrefacteur de Toppfer , mais aussi un copieur admiratif, car il gardera très longtemps cet esprit et ce trait si particulier du maître suisse. Renforçant cette hypothèse, il est bon de remarquer que les deux premiers albums de Cham parurent sans nom d’auteur, ce qui pouvait provoquer une certaine confusion dans l’esprit des clients de la maison Aubert. Ces premières parutions remportèrent un vif succès et la carrière du jeune caricaturiste s’ouvrit, toute grande. Le trait « Toppferien » fut si bien assimilé par Cham que ce fut lui qui transcrivit sur bois une série autographiée de l’artiste suisse ayant pour titre Monsieur Cryptogamme qui parut dans L’illustration du 25 janvier au 19 avril 1845. Elle fut ensuite reprise en album (11).

 

Les deux premières planches signées de Cham parurent en juin 1840 dans le journal La Mode dirigé par le vicomte Walsh sous les titres Un créancier trop pressé et Le microscope à gaz.

 

En 1842 il collabora au Musée ou magasin comique de Philipon devenu par la suite le Musée Philipon où, en compagnie de Daumier, Gavarni, Forest, Granville et bien d’autres il publia toute une suite de bois très caractéristiques illustrant des parodies de contes pour enfants tels Barbe bleue, le Chat botté, le petit Chaperon rouge, le petit Poucet… C’est l’une des rares fois où Cham fit des silhouettes noires de ses personnages.

 

Dans plusieurs livraisons il parodia le roman d’Eugène Sue Les mystères de Paris. La très originale noirceur des figures opposée au texte imprimé en rouge ne manquait pas de retenir l’attention. La parution du Musée Philipon cessa avec le 48e numéro. Réunies en volumes, ces publications sont aujourd’hui très recherchées.

 

Vers la même période paraissaient les Miroirs, volumes de 27 feuillets environ et de format très réduit. Chaque page comprenait une caricature différente axée sur un thème particulier : le calicot, le collégien, le lovelace, le dandy

 

Dans ce type d’album, on retrouve le grand esprit de synthèse de Cham. Il avait en effet la volonté évidente d’exprimer une idée ou une expression par un croquis très simple, en dessinant par exemple un très petit personnage à la bedaine rebondie, proche du cercle, et en le désignant ainsi : « figure symbolique de la franchise (un homme rond) ».

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Miroir du Dandy, page de couverture, 1842

 

Le lundi 20 novembre 1843 Cham fit discrètement son entrée au journal Le Charivari. Ce jour-là parurent onze bois réunis sur une pleine page, extraits de la revue Le Musée des familles, lectures du soir. C’était une sélection publicitaire de quelques illustrations de L’Ile des marmitons , un conte de Delphine de Girardin.

 

Exactement un mois plus tard, le 20 décembre, et toujours en pleine page, Le Charivari publiait un travail original de Cham, grande planche lithographique, première de la série Mœurs alégeriennes chinoiseries turques où il ridiculisait assez lourdement la bourgeoisie algérienne. Les troupes du duc d’Aumale venant de battre Abd El Kadher, ce thème était à la pointe de l’actualité,. Les scènes militaires lui permettaient de montrer tout son savoir-faire acquis dans l’atelier de Charlet.

 

Dix neuf autres planches suivirent dans les premiers mois de 1844 et dans le courant de cette même année les éditions Aubert les publièrent en album.

 

Ce cette première participation, Cham montra son ardent désir de se vouer entièrement au métier de journaliste, comme le décrit Béradi : « Son domaine étendu, c’est l’évènement du jour quel qu’il soit, gros ou petit, la politique extérieure ou intérieure comme le menu fait divers, il passe la question d’Orient à la grève des cochers, de la guerre d’Italie à la nouvelle coupe d’une tunique militaire. La fameuse devise d’Emile de Girardin « une idée par jour » fut dépassée. C’est par douzaines que lui venaient les idées. »

 

D’autres planches à thèmes militaire suivirent. Dans la même année parurent les Souvenirs de garnisons et l’année suivante A la guerre comme à la guerre, déjà cités. Les 9 et 30 juin 1844 la rédaction confia à Cham les quatre pages du journal. Il eut carte blanche pour rendre compte de façon humoristique, du déroulement de l’Exposition Nationale qui réunissait 3960 exposants sur les Champs-Elysées pendant deux mois. Dans la Revue charivarique de l’exposition de 1844 il s’en donna à cœur joie, égratignant toutes les inventions de l’industrie et du commerce français.

 

Comme l’a déjà souligné fort justement David Kunzle (12), Cham, avec son style, et en superposant plusieurs scènes à la manière des bandes dessinées actuelles, apportait une bouffée de jeunesse au Charivari qui en avait bien besoin. Le contraste est saisissant entre le trait très vigoureux du maître Daumier et le crayon encore hésitant se son jeune collègue. L’humour de Cham entrait au journal. Il fera son succès et plus tard il causera le malheur de Daumier.

 

Dans une lettre datée du 12 février, sans précision d’année, Cham explique à son correspondant qu’il ne fréquentait pas beaucoup le maître de la caricature :
« Nous avons tous les deux connus Daumier au Charivari. C’était un très excellent homme, pas du tout jaloux de ses confrères caricaturistes, il les aurait plutôt obligé et aidé de ses conseils, chose rare. Maintenant je le voyais peu et ne suis jamais allé chez lui. Vers la fin la caricature l’ennuyait et son rêve était la peinture. Les besoins d’argent le ramenaient toujours aux caricatures malgré lui. De détails intimes, je n’en connais aucun, il parlait peu et était très sauvage. J’ignore quels étaient ses commencements car j’étais au collège lorsqu’il a débuté au Charivari et y a obtenu de grands succès. Il avait une énorme facilité de travail et a une fois exécuté 7 lithographies dans sa journée. Ila avait été mal pendant longtemps avec Charles Philipon qu’il avait quitté pour entrer au Charivari et dès qu’un journal parlait des « Robert Macaire » de Daumier, (on trouvait) immédiatement une note de Philipon dans les autres journaux pour réclamer la paternité des « Robert Macaire » dont il avait donné des idées et composé les légendes. Du reste Albéric Second vous renseignera mieux que personne car il a connu Daumier dès la création du Charivari et je vous le répète mon cher ami je ne sais rien de particulier sur lui, rien absolument rien » (13).

 

Quelques années plus tard, le 3 avril 1860, Daumier, peut-être jaloux du succès de Cham ou attiré par d’autres formes de dessins et par la peinture, donnera sa dernière planche, jointe à sa démission, pour revenir le 18 décembre 1863. Entre-temps, il fut remplacé par Darjou et Vernier, mais Cham resta le chef de file de cette véritable école du Charivari.

 

Grâce à Cham, Le Charivari se réveilla à partir du 27 août 1844 avec la Parodie du juif errant. Devant le succès remporté par chaque parution des dix épisodes du roman d’Eugène Sue, Le Charivari, s’emparant comme à son habitude de l’actualité, fit paraître au fur et à mesure le parodies correspondant à chaque livraison. Le crayon alerte de Cham était tout indiqué pour soutenir les textes rédigés à la hâte par Philipon et Louis Huart. De plus en plus nombreux, les lecteurs de ces parodies se précipitèrent sur ces numéros d’exception. Le rachat par Aubert, beau-frère de Philipon, des droits de l’œuvre pour la faire paraître en volume, interdit au Charivari d’augmenter son tirage. A peine la 10e livraison fut elle terminée en septembre 1845, qu’une édition Belge vit le jour (Société Belge de Librairie), prenant de vitesse la publication officielle d’Aubert, dans une version d’ailleurs beaucoup plus soignée.
Les auteurs ne manquèrent pas de remercier l’illustrateur en conclusion de leur ouvrage : « Saperlotte on n’écrit pas dix numéros du Charivari sur le Juif errant sans que la plume ne finisse par éprouver un éreintement général. (…) Mais nous avons été soutenu dans notre travail par les suffrages de Cham – Prononcez Cam – Ça nous a suffi, – et, chose singulière, c’est aussi de M. Cam… P… que M. Eugène Sue a obtenu les encouragements les plus flatteurs. (…) Notre ami Cham a parfaitement compris la moralité de notre œuvre littéraire, et c’est même ce qui l’a engagé à se vouer à l’illustration de notre travail bien que ces dessins le détournassent d’autres occupations non moins graves, puisqu’il est chargé en ce moment, de concert avec M. Ingres, de décorer le plafond et les murailles d’un de principaux monuments de Paris. »
Un tirage anglais parut l’année suivante aux éditions Appleyard bientôt suivi d’une édition New Yorkaise.

 

Dès 1845 Cham apporta une nouvelle dimension à la page illustrée du Charivari en transformant épisodiquement la sacro-sainte lithographie en neuf vignettes sur bois réunies sur une page illustrant un thème particulier : revue des nouveaux journaux, les embellissements de Paris, la promenade du bœuf gras, etc… Le succès remporté par cette innovation décida la rédaction du journal à confier à Cham une page hebdomadaire à compter du 9 janvier 1848. Ce fut le lancement de la célèbre revue comique de la semaine qui, 11 ans plus tard, lors de l’agrandissement du journal, passera de neuf à douze bois.

 

Cham inaugura en avril 1845, un genre dont il restera tout à la fois l’un des pionniers et le maître incontesté : la caricature des salons. Deux ans plus tôt, le 19 mars 1843, Raymond Pelez inaugurait ce nouveau genre dans Le Charivari par une planche de neuf croquis intitulés Première impression du salon de 1843 (14). Du 29 mars au 15 mai de la même année dix autres numéros du journal suivirent, axés sur ce même thème du salon caricatural, mais sous la signature E.D. (Edouard de Beaumont).

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Toujours valable en 2007!

(extrait de l’Album Cham, 1879)

 

Toujours en 1843, une petite revue satirique : Les omnibus, pérégrinations burlesques à travers tous chemins publia sa septième et malheureusement dernière livraison sous le titre du Salon de 1843 illustré par Bertall.

 

Le 19 avril 1845 parut, fait exceptionnel, un numéro double du Charivari consacré à une des célèbres manifestations annuelles où s’exposaient au Louvre peintres et sculpteurs de tous genres et tous acabits. Vendu cinquante centimes près de l’entrée de l’exposition, ce Salon de 1845 illustré par Cham dû remporter un vif succès, car le journal renouvela cette opération l’année suivante, le 17 avril (15). Il donna ensuite quelques planches à L’Illustration, et fit paraître en 1851 un album, petit in-4° de 16 planches aux éditions du Charivari, Revue comique du salon de 1847. De 1853 à 1877, 17 autres albums parurent chez différents éditeurs (16).

 

Bien souvent les tableaux caricaturés résultaient d’une observation très fine des œuvres, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup d’autres artistes qui s’essayèrent au genre, tels Nadar, Darjou, André Gill, Daumier, Robida ou Alfred le Petit… Comme l’a remarqué Thierry Chabanne, Cham fut de loin le plus prolifique créateur des salons caricaturaux (17). Quelles étaient les cibles préférées des caricaturistes ? Il ressort, à la lecture de nombreux albums que nous avons étudiés, qu’elles se situaient des deux côtés de l’échelle des valeurs esthétiques. D’une part la peinture d’avant-garde (les novateurs de l’époque étant les impressionnistes), d’autre part la peinture académique avec tous les tableaux primés au salon. Il faut bien reconnaître que pour cette dernière catégorie, les charges étaient moins corrosives !

 

Les peintres n’avaient rien à envier aux statuaires qui avaient droit eux aussi à l’humour féroce des beaux messieurs de la caricature, Cham en tête. Dans les revues comiques de la semaine, Cham donna d’autres croquis sur le monde de la peinture et de la sculpture. Nous prendrons pour exemple « l’Espérance » présentée par Puvis de Chavanne en 1872. Le tableau, très classique, représente une jeune femme guindée assise sur une roche et tenant au bout d’un bras maigrelet, une brindille. Cham résuma cette œuvre en dessinant une créature échevelée d’une horrible maigreur avec cette légende : la figure et le paysage sont au plus mal, mais on espère encore les sauver (18).

 

Les impressionnistes furent souvent les cibles favorites du caricaturiste. Manet fut particulièrement visé à la présentation de « l’Olympia » qui, comme chacun sait, fit scandale. La caricature donnée à cette occasion par Cham figure encore de nos jours dans de nombreux manuels d’histoire de l’art. La charge est particulièrement sévère : la femme aux formes rebondies de Manet est devenue une horrible créature aux pieds et mains noircies et le chat, une affreuse bestiole hérissée (chat qui fut d’ailleurs l’objet des railleries du public).

 

Si Cham caricaturait Manet, notons cependant qu’il savait aussi l’apprécier. Visitant l’exposition privée organisée par l’artiste peintre en 1876, il griffonna sur le livre d’or ce mot aimable : M. Manet a toujours marqué son linge et jamais démarqué celui des autres, une qualité de nos jours (19).

 

Comme les collections de la Bibliothèque Nationale de France, du Musée Carnavalet et du Musée du Louvre en témoignent, Cham a laissé derrière lui une œuvre importante, fruit d’un labour infatigable et d’un travail quotidien qui ne devait d’interrompre qu’avec sa mort.

 

Aux Batignolles, 5 rue Nollet, il s’était aménagé dans son appartement une sorte de tour d’ivoire constituée d’une petit pièce de trois mètres carrés environ. D’un côté était installé un lit de fer, très simple, et de l’autre un pupitre de bois sculpté sur lequel il travaillait toujours debout, sans connaître la fatigue. Indispensable à la vie quotidienne de l’artiste, son petit chien l’assistait dans son labeur, installé sagement dans son couffin.

 

Dans une lettre adressée à sa sœur Marianne, il disait : « Tu offres aimablement de venir nous voir dimanche ? C’est encore un de mes grands jours de travail ! Et je suis forcé de rester toute la journée le nez sur mon papier. Ah ! L’état de caricaturiste n’est pas si amusant qu’on voudrait bien le croire ! Ne pas voir les siens, bûcher quand même on a les doigts en compote (Cham souffrait alors d’engelures). On mérite vraiment de figurer comme martyr sur un vitrail d’église » (20). Il jetait autant, sinon plus, qu’il produisait, et sur les quarante dessins hebdomadaires qu’il apportait au Charivari, douze étaient choisis pour la page du dimanche et cinq ou six pour les numéros ordinaires. Ce n’était qu’une première étape, car les croquis, simples esquisses à la plume, devaient être repris par l’artiste sur le bois, pour ensuite être transmis au graveur chargé de la mise en forme définitive. Le travail de lithographie était tout autre, car Cham dessinait directement sur la pierre, qui, emportée après son achèvement par un porteur, était gravée au journal. L’épreuve devait être ensuite soumise aux services du ministère de l’Intérieur. Pour éviter les dépenses excessives, les dessinateurs s’autocensuraient, laissant de côté une foule de questions attrayantes abordées journellement par la rédaction. « L’excuse est dans ces examen préalable qui parfois coupe les ailes à l’initiative » (21). On était loin des temps héroïques de la caricature de Philipon et des insolences audacieuses du grand Daumier.

 

Producteur infatigable, Cham collabora à de très nombreux journaux, dont les deux piliers furent L’illustration et Le Charivari qu’il inonda de dessins jusqu’à la fin de sa vie. Parallèlement, d’autres feuilles, bien souvent éphémères, publièrent de ses caricatures (22). Des motivations autres que pécuniaires semblent avoir animé notre dessinateur pour qu’il veuille bien collaborer à de petits journaux et, bien que conservateur, il n’hésita pas à donner par exemple, des dessins à La Charge du virulent Alfred Le Petit. Le premier numéro de La Lune paru le 1er octobre 1865, était aussi entièrement illustré de bois de Cham. C’est à titre purement bénévole qu’il donna aussi à L’Univers illustré dirigé par l’Abbé Roussel et publié par les orphelins d’Auteuil, de très nombreux croquis. Nous noterons au passage qu’à la mort de l’artiste, ce dernier journal lança une souscription pour élever un monument sur la tombe de Cham au cimetière Montparnasse, initiative aussitôt interrompue par sa veuve (23).

 

Parfaitement bilingue – sa mère était anglaise – Cham collabora aussi à plusieurs feuilles d’outre Manche. C’est sur une recommandation de Philipon qu’il rencontra les frères Vizetelly, imprimeurs à Londres, fondateurs de L’Illustrated London News et éditeurs de la version anglaise du Barbe bleue de Cham. Ce dernier, en 1844, grâce aux relations de ses éditeurs, envoya au Punch, le Charivari anglais, une parodie de « la Peri », ballet-pantomime de Théophile Gaulier qui fut publiée avec succès. Cham publia aussi quelques caricatures dans le Pictorial times, le Pupper show et L’illustrated London news. Il fut ainsi avec Gustave Doré et Gavarni, un représentant actif des échanges commerciaux et artistiques existant entre les rédactions des deux pays.

 

Trouvant une inspiration particulière dans ses nombreux voyages au pays de John Bull, il publia dans Le Charivari une suite de caricatures ayant pour titre générique Mœurs britanniques où il brocardait la mode et les travers de nos voisins les anglais (24).

 

Il réalisa entièrement en 1850, une version française du « Punch » intitulée simplement Punch à Paris, revue drôlatique du mois. Annoncée à grands renforts de publicité dans Le Charivari (le plus souvent par un bois de Cham figurant le « Punch » anglais présentant son jeune confrère français à la ville de Paris (symbolisée par une solide jeune femme), ce fut une des meilleures productions de l’artiste et ses gravures y sont fameuses. Sa parution cessa pourtant au bout de huit livraisons sans avoir rencontré le succès espéré, « faute de cautionnement » annonce pudiquement l’avant dernière page.

 

En 1847, le rédacteur en chef du Charivari, Altaroche, appelé par sa carrière politique, laissa la place successivement à Taxile Delord et à Louis Huart, ami intime de Cham. Le départ pour Londres de Gavarni permit alors à notre artiste de s’exprimer encore plus librement puisqu’il se vit confier ainsi qu’à Daumier la direction artistique du journal. A cette époque, Cham était en pleine possession de son art, Félix Ribeyre en fut le témoin : « Qu’on jette les yeux sur les croquis satiriques qui s’échappaient du crayon de Cham avec une abondance incroyable, et l’on comprendra le succès qu’ils obtinrent à cette époque où tous les esprits étaient en ébullition. Du Charivari ces mordantes vignettes s’envolaient chez les éditeurs, qui s’empressaient de les réunir en albums que l’on s’arrachait et qui parurent sous les titres des « études socialistes », « les folies du jour », « les coups de crayon », Proudhon en voyage », « croquis politiques, « croquis californiens », « Proudhomania », la banque Proudhon et les autres banques socialistes », etc, etc. Nous en oublions les plus piquants ».

 

Pendant une très longue période, Cham publia au Charivari des lithographies et bois politiques, mêlant son style débonnaire à des situations cocasses. Une des meilleures séries parut au lendemain de février 1848. Elle est intitulée Etudes sociales. Nous noterons aussi son véritable acharnement à ridiculiser gentiment les députés dormant d’un sommeil profond lors des séances de la chambre ou, le jour de fermeture annuelle, les montrant s’échappant du Palais Bourbon comme une nuée de collégiens le dernier jour de classe. L’attaque était légère et sans méchanceté. Il n’en fut pas de même pendant la Commune, et son « Jean Hiroux », personnage hirsute, barbu, habillé d’une blouse défraîchie et coiffé d’une inévitable casquette, fut très mal ressenti par les pro communards, ce qui fit dire à un rédacteur du Petit Parisien après la mort de l’artiste : « Il mangea du communard et en vécut largement. Implacable en dépit des rigueurs de la répression,. Il fut cruel pour les vaincus, jusqu’au jour où plusieurs de nos confrères de la presse parisienne le rappelèrent vertement au plus élémentaire sentiment des convenances. (25) »

 

En 1870, l’invasion de Paris par les Prussiens troubla Cham au plus profond de lui-même. Sa fibre chauvine et patriote, exacerbée par le climat, donna une force supplémentaire à son coup de crayon et il produisit ses lithographies les plus puissantes. Elles furent reprises quelques mois plus tard dans L’Album du Siège, jointes à quelques planches de Daumier.
De tendance monarchiste, Cham n’aimait pas l’Empire qui, d’après lui, conduisait le pays à sa perte.

 

Nous ne saurions rien de ses idées politiques sans quelques lettres conservées aujourd’hui dans une collection particulière. Ecrites à sa sœur Marianne, elles donnent un éclairage nouveau au personnage, beaucoup moins simpliste que l’on ne croît.

 

Le 17 juillet 1870, Cham écrivait sur un ton prémonitoire et désabusé :

 

« Ma chère Marianne
Je suis tellement occupé et affairé que je ne sais où donner de la tête. Je suis obligé de recommencer tout ce que j’avais fait, forcé nécessairement d’entrer dans le courant des nouveaux évènements.
Cette guerre est nécessairement une très triste chose mais elle était inévitable et il est même fâcheux que le gouvernement se soit laissé lanterner par la Prusse qui se préparait tout ce temps à nous tomber sur le dos. C’est maintenant une question qui se terminera soit à Berlin soit à Paris car les Prussiens ne cachent pas leur intention d’y venir mais bien certainement ils seront rossés et le pays jusqu’au dernier homme se lèvera s’ils entrent en France. Nous ne sommes plus affaiblis comme en 1814. Mais voilà ce que nous vaut l’Empire, toujours la guerre, nous épuiser en hommes et en argent. Que le Diable emporte un pareil régime. Enfin, il n’est plus temps de se lamenter. J’ai une foule de bons amis dans l’armée et je suis très inquiet pour eux car la guerre avec les nouveaux moyens de destruction va être atroce
».

 

Le 29 juillet, il continuait : « Tout ceci est profondément triste ! une guerre affreuse dans laquelle notre sol est en question, nous voici en 1814 ! Voilà où l’Empire nous a conduit par son imprévoyance en laissant la Prusse s’agrandir après Sadowa. Et tous ces malheureux qui vont se faire mutiler. Plusieurs de mes bons amis partent (…) Des vieux amis que je ne reverrai peut-être plus ! (26) »

 

Dès le 23 mars 1871, Le Charivari suspendait sa publication pour la reprendre quelques jours après. Au commencement d’avril, il cessait à nouveau de paraître. Quelques jours auparavant, menacé d’être enrôlé par les soldats de l’insurrection, Cham s’enfuyait à Versailles, pour se réfugier chez une amie, Charlotte Chauffrey, rue d’Angoulême. Là, retrouvant des amis, tels Ludovic Halévy et Gustave Doré, il occupait ses journées à démarcher auprès des autorités pour des personnes compromises dans les évènements de la commune. Le reste du temps, on pouvait le rencontrer dans les rues « son chien sous le bras, se promenant, d’un air effaré » (27).

 

De retour à Paris, le 5 juin, il écrivait à Marianne deux jours plus tard : « Paris est navrant à voir. Les Tuileries sont rasées comme un ponton. Les murs sont encore debouts mais plus de toiture et l’intérieur est à jour. Les cour des comptes est également en ruines. Cet aspect de murs neufs noircis par la flamme vous font (sic) mal au cœur. L’entrée de la rue du Bac jusqu’à la rue de Verneuil complètement détruite, cela reprend ensuite après la rue Saint Dominique, les maisons sont criblées d’obus et en partie démolies. La place Vendôme avec son moignon de colonne vous serre le cœur. Cette place si belle a aujourd’hui quelque chose de hideux, les scélérats qui y ont séjournés semblent y avoir laissé la marque de leur infamie. Je n’ai pas décoléré en voyant tous ces désastres. La foule stupide regarde presque indifférente de sourire pour ainsi dire sur les lèvres. Les habitants de Paris méritent leurs sort, c’est un peuple pourri et mort à tout patriotisme : je n’ai plus qu’une idée fixe, quitter cette sale population et me fixer à Versailles, la seule belle chose qui nous reste. Plusieurs tentatives ont été faites pour le brûler … (28) »

 

Le 8 juin, il adressait à Aucante, gérant de L’Univers Illustré une proposition de gravure : « J’arrive de Versailles où je suis resté et assister à des scènes que personne n’a pu voir. J’ai visité des caves fermées à tout le monde, assisté à la mort de Gaillard père et autres au plateau de Satory. Je pourrai vous faire des sujets sérieux car la caricature n’est guère possible. Envoyez-moi un bois d’une page ou d’une demi-page. Si le dessin ne vous convenait pas, effacez-le » (29).
Ce bois, gravé par Trichon, parut en pleine page le 24 juin 1871 avec ce titre : Les communeux prisonniers – Versailles et Satory. Le comique, si familier à notre artiste, n’est en effet pas de mise dans cette gravure, si particulière dans l’œuvre de Cham. Divisée en six parties, elle représente le camps de Satory, la pavillon des femmes, un interrogatoire, les caves de la caserne d’artillerie à Versailles, un convoi de prisonniers et des exécutions. On est bien loin ici du Cham badin et anti-communard et cette œuvre, probable transcription de sujets notés sur le vif, trahit tout le trouble et l’émotion de son auteur.

 

Ainsi, Cham dessina parfois des bois très réalistes. Il en fit quelques-uns pour L’Illustration, où il faut les chercher soigneusement pour les découvrir. Par exemple dans le numéro du 25 novembre 1854, est un assez grand bois décrivant un moment de la guerre de Crimée : Un épisode à l’ambulance. la scène se passe dans un infirmerie où, au premier plan, un estropié bourre la pipe d’un autre homme, handicapé des deux mains. Une autre gravure, parue le 28 mai 1859, figure la rue du Croissant, devant le siège du journal « La Patrie », où une foule avide lecture, se précipite pour acheter le journal.

 

Après la Commune, le talent de Cham s’épuisant peu à peu, sa veine comique s’essouffla. Ayant définitivement trouvé son style (le trait de l’artiste est en effet très facilement reconnaissable) ses scènes comiques devinrent très répétitives et d’un intérêt très limité. Cependant, il retrouva parfois son crayon de jeunesse et son originalité.

 

Comme l’a fait remarquer fort justement David Kunzle (30), Cham touchait à travers ses albums un très jeune public, ce qui n’était manifestement pas le cas d’un Daumier ou d’un Gavarni. Le graphisme très amusant de sa première période et sa manière toute toppferrienne de dérouler une histoire sous forme d’une bande dessinée, permettait à notre caricaturiste de toucher tous les publics à différents niveaux de compréhension, si bien que certains de ses albums pouvaient passer allègrement entre les mains de tous les membres d’une famille, comme aujourd’hui Astérix ou Tintin. Conscient de cette originalité, il chercha quelquefois à réaliser des productions tournées plus directement vers le public enfantin. Ainsi, en 1856, il publia une Fantasia enfantine, album oblong de 24 planches lithographiées sur fond teinté où il mettait en scène, toujours sur le mode comique, la vie des écoliers, collégiens et croquemitaine (31).

 

C’est chez l’éditeur Jules Hetzel qu’il récidiva, tout d’abord, en 1865, en illustrant de planches hors-texte Les Mésaventures de Jean-Paul Choppart de Desnoyers, et en 1877, en réalisant de nombreux bois pour L’odyssée de Pataud et de son chien Fricot, de Dorlisheim à l’Institut sur des textes de Stahl, pseudonyme de Hetzel. Le résultat final de la collaboration entre l’éditeur et le caricaturiste est assez déséquilibré bien que charmant. D’après la correspondance échangée entre les deux hommes, il est très clair que l’initiative de la création de cet album revient à Cham. Mais la liberté de l’artiste convenait mal à Hetzel qui, habitué du public bourgeois, ne voulait en aucun cas heurter les bonnes consciences, comme il l’expliqua plus tard lui-même dans une lettre adressée à notre artiste. Sous la pointe d’humour, perce la réalité quotidienne de l’éditeur : « Tachez de trouver un sujet qui puisse faire rire des mioches, en les moralisant depuis les pieds jusqu’à la tête et soyez gai comme une petite fille sans effaroucher, les vieilles demoiselles, les vieilles tantes, les filles qui sont en train de coiffer Sainte-Catherine et n’attaquez en un mot ni la magistrature, ni les conseils, ni les casernes, ni la famille, ni la propriété, ni la légitimité, ni la République, ni le reste. Vous voyez que vous êtes libre comme l’air et qu’il ne s’agit que de faire sa coupe avec détente dans un bocal » (32).

 

L’album ne devait être composé à l’origine que de bois légendés par Cham. Hetzel y ajouta un texte de son cru pour « adoucir les duretés viriles » des dessins et écrivit de nouvelles légendes. L’ouvrage est ainsi bizarrement scindé en deux parties : il commence par un texte illustré et se termine en bande dessinée. Cham ne renouvela pas cette expérience de collaboration et « Pataud » fut le premier et le dernier ouvrage de ce qui aurait dû être une longue série.

Cham souffrait depuis sa jeunesse de tuberculose, son état empira brusquement au cours de l’année 1879. Le premier août il adressait cette lettre à son ami le chansonnier Gustave Nadaud : « Je ne crache plus le sang mais mes diables de bronches se sont recongestionnées. Il a fallu mettre un large vésicatoire dans le dos et à chaque instant la respiration me fait défaut. Une grande faiblesse qui m’empêche de travaille. Je garde la chambre et le silence. A tous ceux qui viennent on dit que je suis au bois de Boulogne ! Je voudrais bien hélas ! Voilà pourquoi je n’ai pas eu le plaisir de vous voir hier. Mon médecin ne paraît pas du tout inquiet aussi je pense vous faire ma planche le mois prochain » (33).

 

Cependant il continuait de travailler quand ses forces le lui permettaient. Sa dernière revue comique parut dans Le Monde illustré du 23 août. Quatre jours plus tard le Charivari publiait son ultime lithographie.
Le vendredi 8 septembre au soir, il demanda à revoir son cabinet de travail où il veilla fort tard dans la nuit.
Le lendemain, à trois heures, il s’éteignait dans son lit. Il était âgé de 61 ans.

 

 

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Un étonnant autopotrait publié juste après la mort de l’artiste

 

(Le Figaro – Supplément littéraire du dimanche, 14 septembre 1879)

 

 

Un talent très éclectique

 

Les multiples facettes de son talent permirent à Cham de s’aventurer dans divers domaines, des affiches aux partitions musicales, des eaux-fortes aux aquarelles. Tous ces travaux témoignent aujourd’hui d’une véritable recherche artistique. Nous l’évoquerons ici brièvement.

 

1° Les almanachs.

 

Attendus chaque fin d’année, les almanachs, vendus ou donnés comme primes aux abonnés des journaux comme Le Charivari, L’Illustration ou La France illustrée accueillirent bien volontiers des bois de Cham, et l’artiste y déploya sa verve régulièrement. Dès 1847, aux côtés de Daumier, il illustrait L’Almanach de Paris comique publié par Aubert et en 1850 il livrait une douzaine de caricatures pour L’almanach spécial et pittoresque des chemins de fer où il décrivait très comiquement les « fameux wagons découverts dans lesquels, exposés aux intempéries des saisons, le public était réduit à l’état de colis » (34). Dans cette immense production, se place plus particulièrement L’almanach de la jeune chanson française, recueil de chansons du jour avec gravures dans le texte. La couverture, illustration coloriée de Cham, montre une chanteuse des rues côtoyant un joueur d’orgue de barbarie.

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Couverture de l’Almanach comique pour 1863

2° Les affiches.

 

Cham brilla particulièrement dans l’exécution des affiches de librairie annonçant la vente des almanachs « comiques », « prophétiques » et autres (35). La plus ancienne que nous connaissons est datée de 1846 et représente le bouffon du Charivari, songeur, assis, son crayon posé à terre, entouré de petits personnages symbolisant les évènements passés et à venir. Imprimées assez harmonieusement en bleu, noir et rouge, ces lithographies de format moyen, aujourd’hui très rares, gardèrent une construction invariable à travers le temps : un personnage central de taille imposante, le plus souvent un bouffon ou un artiste barbichu se servant de son crayon comme d’un arme, entouré de médaillons ; caricatures classiques mettant en scène divers personnages. Ne disposant pas de catalogue précis, il est très difficile de dresser une liste complète des affiches. Cham en réalisa jusqu’à la fin de son œuvre. En 1874, il en dessina encore une pour un almanach pour rire (36).
La Bibliothèque Nationale de France conserve aussi deux affiches plus originales : la première, datée de 1849 annonce l’ouvrage d’Alexandre Dumas « La régence de Louis XV » et la seconde éditée en 1858, destinée au lancement de l’album de Cham « les toqués du jour » représente la boutique de l’éditeur Arnauld de Vresse, 55 rue de Rivoli. Monsieur Prudhomme au premier plan, chapeau bas, salue un dandy. Derrière, la foule est amassée devant les vitrines de l’éditeur, où sont placardées les nouvelles productions (37).
L’artiste n’hésita pas à se promotionner lui-même, en dessinant une très grande affiche pour L’assemblée nationale comique qualifiée de « considérable » par un critique et fit aussi une autre belle lithographie pour Punch à Paris (38).

 

3° Les partitions.

 

C’est surtout par amitié qu’il livra pour ses amis les chansonniers Gustave Nadaud et Edmond Lhuillier des lithographies illustrant leurs petits formats, chansonnettes aux titres évocateurs : Les plaisirs du village, Le melon, Le tribunal en sabots, Nos danseuses… chantées principalement par Berthelier, Levassor, Brasseur ou Sainte-Foix. Il illustra aussi deux versions différentes de « La vie parisienne » d’Offenbach dont il avait dessiné les décors et les costumes. Il se rapprochait ainsi du théâtre, pour lequel il avait commis quelques vaudevilles et opérettes, injouables aujourd’hui (39).

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Illustration d’une partition. Tirage avant la lettre (sans date)

 

4° Les aquarelles.

 

Cham est peu connu comme aquarelliste, pourtant il fut l’élève d’Eugène Lami et les œuvres qu’il nous a laissé sont d’une belle facture. Elles semblent d’autant plus rares que notre artiste semble avoir manié le pinceau uniquement pour son plaisir et celui de ses amis. Grâce à cette technique qui lui permettait sûrement de s’évader de la grisaille de la lithographie, il abordait ses thèmes favoris et se risquait au portrait. Celui de Nadar, très classique, à peine « chargé » le représente de face, le pinceau à la main, surveillé de loin de loin par un gendarme, avec cette légende : « Pourquoi le gendarme ? Cet artiste est incapable de mauvais desseins ». Dans un autre, beaucoup plus caricatural, Cham a placé de profil Vernier de Rougemont, dessinateur du Charivari, tenant un énorme verre de bière débordant de mousse.
Des correspondants de l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, en 1908 (40), mentionnent l’existence d’un bucolique paysage algérien, représentant un sapeur avec une couronne de fleurs à son shako, jouant de la flûte, trois moutons à côté de lui. Un soldat trait une vache, un autre porte sur la tête une corbeille de fleurs.
Une autre œuvre figurait une rue de Bruxelles, très dangereuse. Vue d’en bas, la fiacre la descendait à une allure vertigineuse, manquant d’écraser un passant terrifié.
La plupart des aquarelles passant en salle des ventes sont des caricatures ou des œuvres plus ou moins comiques (41). La verve du caricaturiste jaillissait naturellement sur tous les supports qu’il employait à sa guise. L’humour y était toujours présent. Nous regrettons de ne pas connaître l’actuel propriétaire d’une pièce beaucoup plus originale, vendue le 4 juillet 1972, manuscrit avec dessins aquarellés de 139 pages in-folio ayant pour titre L’Adam au Cham et lia, roman parisien. Nous ignorons la destination finale de ce recueil mêlant le texte avec 128 dessins aquarellés. Devait-il être livré à la publication ? Nous n’en avons trouvé aucune trace au cours de nos recherches.

 

5° Les huiles.

 

Cham a aussi peint quelques toiles, rarissimes aujourd’hui. L’humour était omniprésent chez l’incorrigible Cham, même quand il se mêlait de peindre à l’huile. Dans la salle à manger de Pierre Véron, directeur du Charivari, trônait un panneau peint à l’huile représentant un chasseur coiffé d’un chapeau de paille. Sur le couvre-chef se tient un petit oiseau. Le chasseur a appuyé par terre la crosse de son fusil, il s’est mis le canon dans la bouche, et du ton d’un homme qui a trouvé un expédient fameux, il dit au moment de presser la détente : « Je le tiens ! » (42).

 

6° Les eaux-fortes.

 

Il s’essaya aussi à l’art difficile de l’eau-forte. Nous ignorons qui lui apprit cette technique particulière. Le résultat est très décevant et semble être une banale transposition de sujets que l’artiste avait pour habitude de traiter en bois. Nous en connaissons seulement deux séries. La première servit à illustrer Les souffrances du professeur Delteil de Champfleury (43). Ce sont quatre petites gravures tirées sur une seule et même planche, d’un facture très proche des bois de Cham et d’un style très maladroit. Il fit aussi deux grandes eaux-fortes pour le bulletin de la Société des Aquafortistes. la première représente un soldat, la mine réjouie, porté par deux chinois sur leurs nattes. La grande masse sombre sur la gauche de cette gravure trahit la maladresse de l’artiste et cache probablement de nombreux repentirs. La collection Lovenjoul conserve une petite eau-forte figurant un chien appuyé sur une béquille, debout sur une chaise, avec l’écriteau Pour Sainte-Madeleine S.V.P. Il s’agit vraisemblablement d’une petite gravure réservée aux amis. Nous n’en connaissons que cet exemplaire (44).

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Eau-forte extraite des Souffrances du professeur Delteil par Champfleury, 1861

 

Notes

 

1 : Authentique !
2 : Exposition Cham, collected by Georges Longstreet, Los-Angeles County Museum of Art, 23 novembre 1976 – 13 février 1977.
3 : Beraldi (H.) Les graveurs du XIXe siècle, guide l’amateur d’estampes modernes, Paris, L. Conquet, 1885-1892.
4 : Le Trombinoscope, septembre 1873.
5 : Album Cham, textes par Ignotus du Figaro et les rédacteurs de La France illustrée, Paris, orphelins d’Auteuil, 1879ƒ.
6 : Le comte de Noé, père de Cham, était un grand collectionneur. Après sa mort, furent dispersées au cours des ventes des 7 et 8 avril 1858, 97 tableaux, 90 dessins, 43 estampes et 18 sculptures.
7 : Les folies parisiennes, quinze années comiques 1864-1879 par Cham, introduction de Gérôme, Paris, Calmann-Lévy, 1883.
8 : Ribeyre (F.) Cham, sa vie, son œuvre, lettre préface d’Alexandre Dumas fils, Paris, Plon 1884.
9 : Catalogue de la « Maison Aubert, place de la Bourse, n°29, à Paris » (s.d.).
10 : Blondel (A.), Mirabaud (P.), Rodolphe Toppfer, l’écrivain, l’artiste et l’homme, Paris, 1886.
11 : Monsieur Cryptogamme, Paris, 1846, J.-J. Dubochet éditeur, rue de Richelieu, 60. Typographie Lacrampe et compagnie, rue Damiette, 2. Volume oblong in-4° de 63 pages.
Voir l’article très bien documenté de David Kunzle : Histoire de monsieur Cryptogamme (1845) : une bande dessinée pour le grand public , in Genava, bulletin du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, t. XXXII, nouvelle série, 1984.
12 : Kunzle (D.), Cham, le caricaturiste populaire in Histoire et critique des arts, premier et deuxième trimestre, 1980, Grenoble.
13 : Collection de la Fondation Custodia, Institut Néerlandais, Paris.
14 : Raymond Pelez fut l’illustrateur du Salon caricatural de 1846 de Baudelaire, Bainville et Vitu.
15 : Kunzle, op. cit.
16 : Voir : Chadefaux (M.-C.), Le salon caricatural de 1846 et les autres salons caricaturaux in La gazette des Beaux-arts, n°1190, mars 1968 ; Chabanne (T.) Dossier de l’exposition du Musée d’Orsay n°41, les salons caricaturaux, 1991.
Liste des petits albums de Cham relatifs aux salons (format petit in-4°) :
- Revue comique du Salon de 1851 (édition Charivari).
- Revue du Salon de 1853 (éd. Charivari).
- Le salon de 1857 (Co-édition Librairie Nouvelle du Charivari).
- Cham au Salon de 1861 (éd. Martinet).
- Cham au Salon de 1863, 2 livrets (éd. Martinet).
- Le Salon de 1865 photographié par Cham (éd. Arnauld de Vresse).
- Le Salon de 1866 photographié par Cham (éd. Arnauld de Vresse).
- Cham au Salon de 1867 (éd. Arnauld de Vresse).
- Le Salon de 1868 (éd. Arnauld de Vresse).
- Le Salon de 1869 charivarisé (éd. Arnauld de Vresse).
- Cham au Salon de 1870 (éd. Arnauld de Vresse).
- Le Salon pour rire (de 1872 à 1877, un fascicule édité chaque année par le Charivari).
17 : Saluons l’initiative de Thierry Chabanne qui, pour la première fois en France depuis l’exposition de 1932 Les maîtres de la caricature au Pavillon de Marsan, a su montrer au public l’intérêt qu’il est possible de porter aujourd’hui à l’œuvre de Cham. (Catalogue de l’exposition du Musée d’Orsay, op. cit. 1991).
18 : L’allégorie réelle chez Pierre Puvis de Chavanne in La gazette des beaux-arts, janvier 1977.
19 : Tabarant (A.) Manet et ses oeuvres, Paris, Gallimard, 1947.
20 : Lettre adressée à Marianne de Noé, 12 décembre (s.d.), coll. Part.
21 : Ribeyre (F.) Brisson (J.) Les grands journaux de France, Paris, Dumineray, 1863, article Comment se fait le Charivari.
22 : Il participa aux journaux suivants : La charge, Le monde pour rire, L’esprit follet, La revue comique, Le monde illustré, La caricature, programme illustré des théâtres, Paris-caprice, L’illustration, Le Charivari, Le Pèlerin, Le petit journal pour rire, Le nouvel illustré, La mouche, La mode, La lune, La presse illustrée, Le grelot, Le voleur, Le journal du dimanche, Le journal amusant. Cette liste est bien évidemment incomplète.
23 : Voir L’univers illustré des 13 et 20 septembre 1879.
24 : Mœurs britanniques par Cham, album de 15 planches, Paris, chez Aubert et compagnie, éditeur des caricatures du journal Le charivari, place de la Bourse, 29.
25 : Le petit parisien du 7 septembre 1879, article non signé.
26 : Ces deux lettres sont conservées dans une collection particulière.
27 : Lepelletier (E.), Histoire de la commune en 1871, Paris, Mercure de France, 3 volumes, 1911-1913.
28 : Collection particulière.
29 : Bibliothèque Nationale de France, département des manuscrits, N.A.F. 14903.
30 : Kunzle (D.), op. cit.
31 : Fantasia enfantine, album oblong de 24 planches lithographiées sur fond teinté ; 1856. un exemplaire avant la lettre et légendes manuscrites fut vendu à Drouot (Les livres des enfants d’hier) le 23 octobre 1974. Il existe aussi une version coloriée au pochoir.
32 : Bibliothèque Nationale de France, département des manuscrits, N.A.F. 16939.
33 : Collection particulière.
34 : Grand-Carteret (J.) Les almanachs français (1600-1895), Paris, J. Alisie, 1896.
35 : Bibliothèque des Arts Décoratifs, fonds Maciet n°258, t. 3.
36 : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, dossier d’actualités : Cham.
37 : Bibliothèque Nationale de France, département des estampes, S.N.R. t. 1.
38 : Le livre moderne, t. III, p. 203, 1890. Dans cet article sont aussi mentionnées deux autres affiches, dont nous n’avons pu vérifier l’attribution : Les prodiges de l’industrie, et Les mémoires d’une fille du peuple.
39 : Un très beau recueil fut publié, regroupant plusieurs partitions, mélange de lithographies au crayon et à la plume : Album du monde pour rire paroles et musique de Edmond Lhuillier, Paris, au Menestrel, 2bis rue Vivienne, Heugel et Compagnie. On y trouve : Une bonne fourchette, Ces gueux de locataires, Quatre filles à marier.
40 : Colonnes 78, 892, 968.
41 : En 1990 furent vendues les aquarelles suivantes : à Morlaix, La réprimande du professeur, et à Paris, La parade. Voir aussi le Dictionnaire des peintres, sculpteurs… de Benezit et le Dictionnaire des ventes d’art faites en France et à l’étranger… par le docteur Mireur où sont mentionnées de nombreuses aquarelles de Cham.al
42 : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, dossier d’actualités : Cham. Défet de journal du 13 mars 1882. Cette huile figura à la vente Véron en 1900.
43 : Champfleury (J.), Les souffrances du professeur Delteil, Paris, Poulet-Malassis, et De Broise, 1861.
44 : Bibliothèque de l’Institut de France, collection Spoelberch de Lovenjoul.

Publié dans : Non classé | le 21 novembre, 2007 |Pas de Commentaires »
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